Cachez-moi ce menu que je ne saurais voir

Publié le dans « Perso ». Mots-clefs : Humeur

Machine ancienne

Photo: Arielle Fragassi

Dans la programmation, la maintenance du code, c’est-à-dire la réutilisabilité d’une partie de l’application par un tiers ou l’utilisation de ce code dans un autre contexte que celui pour lequel il a été écrit est tout aussi important que le bon fonctionnement de l’application.

Comment des développeurs peuvent-ils concevoir des applications qui incitent les utilisateurs à produire des documents qui ne soient pas maintenables?

Ma question s’adresse aux logiciels de traitement de texte, et cible cette ignominie héritée des suites bureautiques d’un ancien temps: je ne comprends pas pourquoi libreOffice continue de présenter une barre de formatage de texte incluant les boutons pour choisir la police sa taille et appliquer des effets de style sur le texte.

Si je devais écrire un logiciel de traitement de texte, j’irais cacher ces boutons dans un obscur menu, et enverrai des décharges électriques à l’utilisateur à chaque fois qu’il prend le risque de les utiliser malgré tout! Pourquoi? Parce que ces boutons sont utilisés la plupart à tort et à travers, et compliquent la tâche des usagers plus qu’ils la facilitent.

Le menu coupable

Le nombre de fois où il est légitime d’utiliser ces boutons ne justifient au aucun cas leur présence en pleine page, juste au-dessus du document sur lequel on est en train de travailler!

Maikeskidi?

Trop souvent je vois des documents dont le formatage repose seulement sur des styles appliqués via ce menu: les titres, les paragraphes, les effets de mise en page étant uniquement géré via des mises en gras, des changements de police, et, comble de l’horreur, des espaces pour gérer les retraits!

Comme je plains l’auteur d’un document, qui, trois mois après avoir écrit son CV, essaie de rajouter une ligne dans ses expériences; lorsque son beau formatage se retrouve cassé parce que sa nouvelle ligne est plus longue que les précédentes! Comme je plains l’utilisateur qui est obligé de re-numéroter tous ses titres parce qu’une nouvelle section a été insérée sur la 4e page de son rapport!

Et pourtant, je comprends pourquoi les documents sont ainsi rédigés: c’est tellement intuitif, tellement facile de mettre en forme son document directement, en appliquant le formatage sur le texte sélectionné. Après tout, on utilise un traitement de texte avoir un rendu visuel immédiat du document, pas pour passer son temps dans les styles, à mettre en place une mise en forme abstraite, nommée «Titre2» juste pour configurer un sous-titre que l’on utilise une seule fois dans son texte! Mais lorsque le rapport se met à grossir, une fois ces sous-titres plus nombreux, quand on souhaitera mettre les sous-titre en italique plutôt que les souligner, le temps passé à mettre en forme le document causera énervement, erreurs, et frustration.

Pourtant, le retirer signifie couper les utilisateurs de leurs habitudes et les placer face à une application qu’ils maîtriserons encore moins. Entre ces deux solutions extremes (encourager l’utilisateur utiliser incorrectement le produit, ou le contraindre à l’utiliser tel qu’il a été pensé par les développeurs), il y a une marge: accompagner l’utilisateur dans son usage de l’application.

On fait quoi alors?

Pour l’utilisateur qui ne sait pas: utiliser les styles ! Je ne vais pas faire un tutoriel sur leur usage, mais il s’agit de la solution la plus simple pour mettre en forme un document.

Ensuite, pour la communauté, alerter: c’est en remontant l’information et en échangeant que les logiciels évoluent; pas en pestant tout seul dans son coin. Si l’on ne prend pas le temps de remonter un problème (comme ici à travers cet article) rien n’évoluera, et la situation persistera. Cette alerte peut se faire directement via des remontées de bugs, des réunions d’information, ou des commentaires dans forums. Le but est de parler, et échanger sur ce que l’on perçoit.

Comment contribuer?

Enfin pour le développeur, être à l’écoute. C’est une faute grave de ne pas suivre les remontées de ces utilisateurs, surtout quand un problème est connu (les articles qui présentent l’utilisation des styles sont connus et existent depuis longtemps, preuve que le besoin de documentation n’est pas nouveau). Mettre en place une pop-up affichant « Êtes vous sûr de vouloir appliquer un effet de texte local? » peut aussi être une solution.

Malheureusement, plus le projet devient imposant, plus contribuer devient difficile. Tout d’abord parce qu’avant de proposer un patch, il est nécessaire de prendre le temps et se plonger dans le code existant (ce qui casse le patch spontané corrigeant un problème local), mais aussi parce que plus un projet devient imposant, plus il acquiert une inertie qui l’empêche d’évoluer facilement.

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