Malinowski Apéritif
Il y aurait beaucoup à dire dans l’anthropologie des fêtes et réceptions organisées entre amis. Dans ce domaine, un point qui me parait amusant est celui de l’actualisation de la question du Don dans nos sociétés contemporaines. En effet, alors que je participe à des soirées où ce sont les invités qui sont chargés d’apporter les biscuits apéritifs et les boissons, je constate qu’il y a une circulation des biens, un échange sans cesse renouvelé, mettant en jeu la logique du don, de la consommation et de l’échange.
La question des réceptions répond à une fonction sociale depuis longtemps, et marque un point structurant la socialité, étant associées à des moments de fête et de relations entres individus. Il n’est pas surprenant que ces fêtes soient organisées de manières différentes selon les catégories sociales qui y participent et qu’elles suivent des normes différentes. Ce dont je vais parler ici touche les fêtes organisées par des populations proches du milieu étudiant, jeunes et dans une situation qui n’est pas financièrement stable. Elles ont pour point commun de demander aux invités de se charger d’apporter ce qui concerne l’apéritif et les boissons, et de laisser l’hôte préparer le repas.
Le don
M. Mauss nous à présenté la logique du don et les règles qui y sont associées. Pour que cette logique fonctionne, il y a en effet des règles à respecter qui permettent d’en assurer la cohésion au fil du temps. Il est ainsi nécessaire de :
- Ne pas refuser le don qui nous est fait
- Rendre un objet de nature équivalente à celui qui nous à été donné
- Différer dans le temps ce contre-don
- etc.
Le don ne doit pas forcément être d’une grande valeur, mais doit entrer dans cette logique de l’échange. Dans notre cas des soirées organisées, on conçoit mal quelqu’un souhaitant repartir avec la bouteille qu’il a apporté pour le repas. De même, cela serait remarqué que l’on ramène à un ami les biscuits qu’il nous avait apporté lors de la soirée qu’il organise quelque temps après nous. Par contre la circulation n’interdit pas de les apporter à une autre personne lorsque l’on se fait inviter par des personnes qui ne participaient pas à l’échange qui avait précédemment eu lieu…
Cette circulation oblige le participant à jouer le jeu, selon le principe des règles sociales, ou il peut être mal vu qu’une personne répète trop souvent un manquement dans cette circulation; la règle est transgressée mais celle-ci ne reposant que sur la bonne fois des participants, rien ne peut être reproché à quiconque…
10 décembre 2008 à 22:36
A l’heure où la crise se fait sentir et que certains font preuve d’individualisme, je pense que l’échange autour du don en l’occurence lors de fêtes entre amis est une preuve de fraternité,partage et convivialité. Pour ma part, je pense en profiter lors d’une raclette party en apportant quelques chips qui m’avait été apportés lors de mon anniversaire.
A bon entendeur!
23 décembre 2008 à 20:57
En même temps je pense que le contrôle implicite qu’implique le don et le contre don, peut mener à forme d’exclusion pour la personne qui ne respecte pas, qui ne s’inscrit pas dans cet échange.
Il s’agit juste d’un code social, qui en fait est intégré par tout le monde mais très rarement énoncé, qui marque la différence entre ceux qui s’y conforment et les autres.
25 janvier 2009 à 19:34
Et si on ne respecte absolument pas ces règles tacites, on est un goujat ? Non au diktat du don et contre-don. Vive les arrivées de bouteilles qui repassent dans l’autre sens, apportées par l’un ou rapportées par l’autre. Ces élans spontanés et maladroits sont plus des preuves de bonne camaraderie que les savants calculs d’équivalences sociales.
Viendez les mains vides ou repartez les mains pleines, pourvu qu’on ait l’ivresse.