Hadopi veut sauver l’inculture

Publié le dans « Perso ».

Culture populaire contre culture financière

On oppose souvent la culture populaire à la culture légitime. La culture populaire représente la culture de rue, alors que la culture légitime est une culture institutionnalisée, celle que l’on retrouve dans les musées et les écoles.

La culture populaire, elle, fait peur. Ce n’est pas un fait nouveau elle a toujours fait peur: c’est celle que l’on ne contrôle pas, celle qui pointe du doigt les travers de la société, dans les bars hier, dans les cages d’escalier aujourd’hui, et sur internet demain.

Hadopi ne cherche pas à opposer ces deux visions. La question n’est pas d’interdire les rassemblements sur internet comme on interdit les raves sauvages dans les champs en friche. La question est de contrôler la commercialisation de la culture; d’empêcher non pas qu’elle sorte du cadre institutionnalisé, mais du cadre financier. Il ne s’agit pas de protéger les auteurs en tant que créateurs d’art, il s’agit de protéger les auteurs en tant que producteurs de richesses.

Les débats qui parlent actuellement de la culture ne sont plus des débats sur le contenu de ce qui fait la culture, mais des débats qui parlent de la culture en termes de revenus. Hadopi n’a pas pour vocation de protéger le hip-hop, la peinture, le slam, le théâtre.

On parle de piratage des œuvres culturelles, mais arrêtons-nous un instant:

En quoi le fait de diffuser une œuvre (musicale, cinématographique…) nuit-elle à la culture? Peut-on contrefaire (puisqu’il s’agit bien du délit reproché aux pirates) de la culture? Ça n’est pas la culture que l’on cherche à protéger, mais sa valeur marchande!

Le regain d’intérêt contre hadopi, à l’heure où celui-ci devient un outil de marchandising (qui dépense 3 millions d’euros en campagne publicitaire) nous montre bien que l’on ne veut pas de ce modèle que l’on nous propose, et la solution est déjà dans le message: pour ne pas voir la culture devenir uniquement un bien commercial, il suffit de refuser hadopi!!

Le réveil d’une autre forme de culture

Mais cette opposition nous fait oublier que la culture n’est pas uniquement artistique: bien que déconstruction pour faire de la culture de l’inculture soit en chantier depuis longtemps maintenant, il ne faut pas oublier que la culture est avant tout politique!

Les parodies des spots publicitaires sont autant des messages politiques qu’artistique, tout comme l’étaient ceux du logo hadopi. Mais la contestation qui est soulevée est avant tout une question de vivre ensemble: internet a ce pouvoir de laisser les individus s’exprimer hors du cadre qui est imposé, légitimement ou non. Et le comportement des internautes vis-à-vis du téléchargement oblige à se questionner: ce mouvement populaire peut-il être contrôlé par la répression?

Parmi les solutions proposées pour faire vivre les artistes, on retrouve la licence globale. Là encore arrêtons-nous un instant:

  • il s’agit d’une solution collective (l’ensemble de la population participe aux frais, comme pour l’entretien des musées nationaux)
  • il ne s’agit pas d’une solution marchande (la licence globale entraine une prolifération des œuvres, et non pas une centralisation comme c’est le cas aujourd’hui)

Hors, ce sont justement ces deux points qui sont contestés par les partisans d’hadopi: la culture ne doit pas être partagée, elle doit rester entre les mains de ceux qui en vivent, pas de ceux qui la vivent!

Sauvons l’inculture, votons hadopi

Hadopi, en voulant protéger la Culture (celle avec un grand Cul), a réveillé les rancœurs et la colère des internautes. Pourquoi? Tout simplement parce que cette culture que l’on nous présente à travers ce que l’on cherche à protéger n’a plus grand chose à voir avec la culture ‘vécue’, celle que l’on prend plaisir à découvrir et partager.

Si j’écris aujourd’hui, c’est parce que je ne prends conscience que maintenant que le terme de culture a été dévoyée. Il n’y a pas de culture dans les MP3 ou les AVI qui s’échangent sur le P2P. Il n’y a que du loisir. L’industrie culturelle que l’on nous présente dans les médias n’existe pas (plus); elle a été supplantée par l’industrie du divertissement, qui s’exporte très bien, mais qui n’a plus rien à voir avec une volonté de diffusion de la culture. Au contraire! Et je ne souhaite pas que cet élan culturel soit également dévoyé ici, sur internet.

Et pour protéger cette culture, il faut de l’échange, il faut des opinions, des idées. Que l’on soit d’accord ou non, le débat doit être ouvert: il faut ramener du politique dans la culture.

Merci de m’avoir lu.

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